A Paris, en juillet ça avait commencé plutôt mal, genre automne avec des envies bien de saison :
pintade braisée avec le lard de mon cochon
Alors que les cèpes sortent juste en forêt francilienne,
...direction le Gard. Sur place, cuisine d'une simplicité biblique avec toutes mes petites madeleines : pêches juste cueillies, melons, fougasses aux grotillons, jeunes pélardons à peine parfumés de fenouil sauvage, de sauge et de frigoule et caressés d'huile d'olive ...
Sur le sol de la terrasse, tout simplement des pêches blanches, cassis et Mara des Bois dans une infusion de fenouil sauvage et de mélisse
Je verrais bien ça avec un sorbet de fenouil sauvage mais version soyeuse et minute au Pacojet... (Nota Bene : comme ça vaut plus cher qu'un scooter penser à chercher à la place une sorbetière Moulinex dans un vide-grenier, celle qu'on mettait jadis dans le congélo en coinçant le fil dans la porte...)
La manne champignonnière qui envahit tout le pays a atteint les Cévennes, je trépigne mais renonce à "monter" aux cèpes en Lozère, avec ma plaque 78, c'est crevage de pneus assuré.
Pour la première fois de ma vie j'achète à un ramasseur 3 kgs à 10 euros le kg, frais du matin.
Ils sont tellement parfaits que je rechigne à les couper. Je teste quelques bocaux au naturel : je ne les blanchis pas, l'idée de l'eau bouillante me hérisse. Je les arrose crus d'un peu d'huile d'olive, d'une goutte d'eau (ils ne sont absolument pas aqueux) et d'une pincée de sel et les stérilise 1 heure, ça marche.
A travers Causses et Cévennes, nouvellement classés au Patrimoine de l'Humanité, on roule ensuite plein ouest... au fil des bords de route, la voiture se remplit d'odeurs entêtantes.
A Roquefort, village-bouchon bondé de touristes et cadenassé de voitures, à peine le temps de sauter en marche pour acheter 1/2 Gabriel Coulet affiné 18 mois, comme un gant de velours dans une main de fer, et un pot de roquefort fondu à cuisiner
En hérésie transatlantique je me suis amusée à créer le hamburger Patrimoine de l'Humanité :
( Moi, je serais prête à payer sans problème 18 euros pour ce genre de plat dans un resto local. Je cherche encore...avec un petit sorbet à la pêche de vigne à la fin de l'été, juste avant de remonter par le viaduc de Millau, ce serait nickel! )
cèpes sautés aux oignons des Cévennes, agneau haché, poêle déglacée à la crème de roquefort Gabriel Coulet
Hérésie, oui car j'avoue j'ai acheté des pains à hamburger, pour la première fois de ma vie. Passez-moi le marteau et les clous* ("pass the hammer and nails", les anglophones avaient compris)
Pour bien faire il aurait fallu un des pains de Benoît Fradette.
Mais pas le temps de retourner à Aix en Provence chez un des derniers "It bakers ". J'achetais son pain pour mes clients il y a presque 20 ans sur le Plateau à Montréal. A l'époque, cet électron libre ravissait les bobos Montréalais de son pain (et peut-être moins de ses obscures chroniques mystico-spirituelles dites "chroniques enfarinées" ) au sein duquel il croisait déjà magistralement épeautre, kamut, canneberges et citrouille .
Au même moment, aucun de ces néologismes hardis : "bistronomique" et "Fooding", n'avaient encore germé dans les cerveaux féconds de Demorand et Cammas, tout occupés à user leurs fonds de culotte au lycée. Quant à notre Gontran national, il devait rentrer en maternelle grande section.
Si j'en crois le regard extatique de sa vendeuse à Aix (je l'ai raté de quelques minutes), le rude charisme de Benoît est encore là, après le Québec et plusieurs étapes françaises, il est toujours aussi habité par l'intransigeant appel du pain : http://www.fradettefarinomanfou.net/
Petit détour par Saint Emilion, un comble quand on ne boit pas. Ni le temps ni les moyens de passer chez Etchebest (l'autre) et de tester la tête du sommelier en demandant de l'eau. Mais quelle vue!!! Dans le mordoré du soir, étrangement, quelque chose de Rome...
Changement de crèmerie :
Oléron, un peu plat à mon goût avec ses marchés remplis de marchands du temple. Hors concours, le stand de saucisson d'usine espagnole rebaptisé auvergnat authentique à 10 euros les 4. Juste derrière, nez à nez le brebis des Pyrénées industriel acheté chez Métro et vendu le quadruple car "fait par le père du vendeur à Besogneux sur Gave- quoi, vous ne connaissez-pas?" et les Laguiole Made in Pakistan (ouvrez la lame et regardez dans le fond,c'est marqué là, ils l'ont montré hier à CAPITAL).
Devant les prix stratosphériques du poisson, je parie sur une petite bonite bien dodue.
Bonne pioche, la chair est claire et douce au palais, mon tartare-ceviche (citron vert, échalote, fenouil sauvage, soja, huile d'olive) et sa petite salade de salicorne (bien rincée pour le sel et blanchie 10 secondes, pas plus!!) et fleurs de roquette sauvage produisent leur petit effet :
Mois sans R, pas bon pour les huîtres paraît-il. Personnellement je ne saurais dire, c'est une des rares nourritures qui ne me parle pas. Mais les moules battent leur plein. Faute de branches de pin on laisse l'églade au folklore et on la joue classique, mouclade au pineau et à la crème avec une pointe de curry. Les "moules de Bouchot" semblent un poil trop grosses pour être honnêtes, elles ont peut-êtres été ramenées du continent mais elles sont bonnes, on ne va pas chipoter.
Là faut que j'aille faire à manger, demain, promis, la suite, Stockholm...
Et je jure de ne plus jamais laisser mon blog en friche
5 commentaires:
Comme les deux un photographe à temps partiel et à temps plein dégustateur, je suis heureux que les hamburgers étaient au menu ainsi que tartare de thon. Oui, je peux faire la différence.
Génial votre article, les plats présentés nous mettent l'eau à la bouche!
La meilleure nouvelle, c'est que vous avez promis de ne plus laisser le blog en friche !!
Les nouvelles nous manquaient
Merci de ce post tonique. La friche c'est quand ça dure vraiment très très très longtemps. Vous n'en êtes encore jamais arrivé là je crois.
Beau septembre
Arnaud
Mais elle est toujours vivante ... plutôt bien, d'ailleurs!
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