Mais que mangent les auteurs de livres de cuisine, et comment?
Mon frigo est plein de restes disparates, reliefs de photos et du déjeuner de Noël que j’ai donné samedi pour mon fils de passage des « States » et quelques-uns de ses amis de la diaspora du Lycée Inter.
Je leur ai donc préparé un canard gras et un chapon (que j’avais pris soin de congeler fin décembre), incontournables car introuvables là-bas. En entrée, simple, la ronde des pâtés de mon cochon : cèpes, foie et Cognac-orange, puis des asperges avec une vinaigrette huile de colza et moutarde à l’estragon. Quant au saucisson, ils l’ont trouvé un peu gras et ils avaient raison.

Mon jambon sera bientôt sec mais je me demande si ce que je préfère ce ne sont pas les "croquetas de jamon languedoco" que je vais faire à la fin avec le talon.
Cela aurait été parfait si FPA* (Filius Prodigus Americanus) n’avait oublié d’acheter THE BREAD. Rien dans le congélo, j’ai réchauffé de la vieille baguette…
J’avais mis les filles à l’épluchage d’asperges (cette hérésie hors saison, c’est ce qui arrive quand on vient de shooter la veille un sujet pour un magazine à paraître au printemps…) et à la confection d’une galette des rois géante de la taille de la lèchefrite, soit pas loin d’1 kilo de pâte feuilletée et de 1,5 kg pour la frangipane selon saint Gaston. Pendant que l'une d'elles, accessoiriste sur le dernier Woody Allen confectionnait des couronnes des rois en papier kraft, on a tenté en vain de lui soutirer des scoops sur le mari de Carla et celui de Soon Yi : « Alors, ils sont vraiment petits ? Mais petits, comment ? »
J’ai du emprunter une fève déjà sucée puis régurgitée à ma voisine, j’avais le choix cornélien entre un clown grotesque et les Halles de Poissy, j’ai choisi les Halles de Poissy, je n’ai jamais aimé les clowns ...
Avec les bestioles, un énorme gratin dauphinois de bintje à la crème de Gruyère ramenée de Genève. Elles étaient franchements sucrées, je pense qu’elles avaient eu froid dans la voiture de mon cousin…
Pas le courage de laver la salade…
En dessert, ananas sweet tranché à la mandoline (j’aurai attendu 50 ans pour me déchiqueter les doigts à cet incontournable accessoire, comment ai-je vécu avant ?) et pamplemousse chinois pelé à vif juste caressés par un sirop très léger à la vanille et au citron vert
Pour le café, le thé et la galette, on a attendu le goûter. C’est la découpeuse de couronnes qui a eu la fève, elle a choisi son roi, ils se sont installés dans un fauteuil et on les a mitraillés en photos.
Les jeunes ont « comaté » dans le salon, quand j’ai grommelé que quand même on aurait pu allumer la cheminée, ils ont répondu que ce n’était pas grave.
Je leur ai donné le dernier kilo de galette à emporter (très feuilletée, pâte feuilletée François, en vente sur Internet).
Je me suis rassise un peu étourdie mais heureuse devant la cheminée éteinte en me disant que mettre les deux bols de graisse au frais et laver la cuisine pouvait attendre …
Le lendemain, avec les restes de volaille et des champignons j’ai fait une tourte que j’ai recouverte avec les chûtes de pâtes feuilletée puis un bouillon avec la carcasse, je vais les partager avec les voisins.
Et ce matin, j’ai regardé mon fond de gratin dauphinois d’un air découragé puis l’ai touillé avec un œuf, une cuillerée de farine et du vert de jeunes oignons haché.
Il est 18h, je viens de finir et d’envoyer le synopsis d’un nouveau livre de recettes et je réalise que j’ai oublié de manger.
Je teste les croquettes de gratin dauphinois frites dans la graisse de canard, c’est pas mauvais mais ça ne vaut pas les pommes dauphine…

Bon, alors je me fais des pseudos blinis avec de la farine complète et du lait fermenté. Pas d’œuf, je bats les blancs en neige restant de la frangipane et en incorpore la moitié dans les blinis. Avec du saumon fumé de chez Ikéa restant d’une photo, un peu de crème épaisse et un tour de moulin à poivre c’est mangeable. Note : remettre le fumoir en service…
Vous êtes affligés ? Certainement pas autant que moi parce que là, aujourd’hui, ma salade elle est exsangue, je vais essayer de la réanimer mais elle va probablement finir au compost…
Je serre les blancs restants au sucre glace, rajoute un zeste de citron vert et dresse des petits bâtonnets de meringue que je fais sécher 2 heures à 90° avant de me coucher…Je trouverai bien quelqu’un qui va les manger…

Il y a quelques semaines, j’ai reçu LA lettre que les auteurs redoutent j’imagine et qui remet leur orgueil à sa juste place : mon premier livre, sur les restes, SOS Restes (et toujours mon préféré), part au pilon.
Je n’ai pas les chiffres de vente définitifs mais ils auraient ravi bien des petits éditeurs. Je crois aussi qu’en 2005 il était en avance sur la mode du recyclage.
Je ne renie aucune ligne de ce livre, je me demande juste si j’aurais du y rajouter les croquettes de gratin dauphinois...pas sûr...
2 commentaires:
Bravo ! C'est exactement la même chose chez moi... qui suis aussi journaliste et auteure de cuisine !
Toujours aussi léger, enjoué,utile et pratique : trop jolis, les doigts de meringue, trop vrai, le découragement de la vivandière devant la vaisselle à finir et le coup de balai à passer. J'adore ton blog, ma chère, et je te le dis sincère, en cette Journée de la Femme & des Chiennes perdues avec ou sans collier. Mandolines et Serpillières, unissons-nous pour qu'enfin débarassée des corvées domestiques, la femelle créativité puisse éclairer les cuisines et les estomacs.
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