samedi 28 août 2010

Les Bobos, les Tiébos, la daube à Cambo, Kokopelli et Xocopili


Après les légumes oubliés retrouvés, je vais faire une indigestion de tomates anciennes.
C'est vrai que ça en jette, un camaïeu de rouges et d'oranges, avec une petite Noire de Crimée pour faire l'affaire et une Green Zebra histoire de dire, du basilic pourpre déchiré et de l'huile de picholines, "surtout pas de vinaigre, malheureux !" servi sous la treille à Anduze (ville célèbre non plus pour sa saucisse, sa bambouseraie et ses vases en terre cuite inspirés des Medicis mais pour être la ville où Brice de Nice a épousé Chouchou- elle a du laisser une fortune chez l'orthophoniste pour perdre l'accent du Gard, redoutable, afin d'arriver à percer à la capitale-et depuis que Loulou bosse pour Blier, bientôt les glaces vont passer à 10 euros et on pourra plus se payer une coupe Cévenole -myrtille crème de marrons et chantilly-après la baignade sans croiser l'intelligentsia parisienne, et d'ailleurs Uzès sera devenu ringard et quelqu'un ouvrira un resto qui s'appellera la moissonneuse-batteuse et qui servira de l'espuma de boudin aux flocons de châtaigne, puis le Fooding débarquera, etc...)
Je digresse, bref, tous les producteurs de tomates se sont mis à l'ancienne, morts de rire qu'ils sont, ça leur permet de tripler le coût de la tomate de base, on tape le 6 euros le kg au bas mot.
Mais sur la route du Mas Levesque, entre les Mages et Alès, les tomates biodynamiques, russes, Coeur de Boeuf et toute la clique sont à moins de 2 euros le kilo. Un peu partout, les pêches à 4/5 euros le plateau, et les melons à 1 euro. Entre Barjac et Saint Jean de Maruejols, à la ferme de Fontcouverte, les pélardons de compétition, de la faisselle du jour soyeuse au vieux qui râpe sont à 1,15 euro, les pintades que l'on voit courir dehors sont moins chères que le label Rouge de supermarché et les meilleures que j'ai goûtées de ma vie. Je les rôtis doucement en cocotte de fonte avec un peu de lard gras, du thym et beaucoup d'ail en chemise, le jus devient mordoré et le blanc reste moelleux.
Plus à l'ouest, sur le territoire AOC de l'oignon doux des Cévennes, vers le Vigan, le filet de 3kgs se négocie à 5 euros.
On rentre par les Causses, tout en passant par le centre de la France, la voiture se remplit d'odeurs délicieuses, parfois les brassées de thym et d'eucalyptus forcent même le conducteur à rouler vitres ouvertes.

Il est sympa Thiebo (mais oui, je connais la vraie orthographe), pas de problème mais faut pas pousser, à Saint Ambroix, depuis le début du siècle, on fait de la Russe, et on se passe les graines, essayez de demander au vieux en costume Adolphe Lafont et à la casquette luisante qui pèse avec sa balance romaine si ses tomates sont anciennes, il vous prendra pour un "calu".
Terre de Semences avait senti venir le coup depuis longtemps, bien avant de rentrer en dissidence avec Kokopelli (je vous en prie, si vous ne connaissez pas encore, Googlez un coup, si vous avez un peu de courage, allez jusqu'à Vandana Shiva-si elle ne touche pas le Prix Nobel de la Paix un jour, celle-là, avant de se briser le cou en glissant dans sa baignoire- je sais, vous aller vous taper un gros coup de déprime mais bon, ça ou la météo parisienne, ça vous changera pas trop et vous vous coucherez moins ignorant en grommelant dans votre sommeil : "Non, non, pas Monsanto").
J'en étais où?
Ah oui, bref, la tomate jaune, orange ou mitigée (j'avoue une préférence pour la Pineapple, belle et sucrée, ça fait tout de suite de quoi causer à table), ancienne ou pas, si elle n'est pas de plein champ, oubliez-la.
Je rentre de deux semaines en Cévennes, mes tomates rampent à terre, cette année elles n'ont pas encore eu la "maladie" malgré les trombes d'eau parisiennes, elles sont même bonnes, Alléluia. Arrivée à la nuit, je les ai cueillies à la lueur du Iphone, on les a mangées coupées en quartiers, juste un peu d'huile des Vans, un peu de sel et du basilic déchiré, vous voyez, quoi...De plus, quand mon ami Antoine, Sicilien par sa mère, a vu que je n'y mettais pas de vinaigre, j'ai distinctement vu ses yeux s'embuer de larmes, ou était-ce quand je lui ai parlé de ma première récolte de câpres cueillies sur un câprier que ma mère a planté devant la remise avant de nous quitter, que j'ai mise dans le sel et qui doit faire 20g au bas mot?

Repas "bord de routes", donc : Laguiole de 18 mois acheté le matin même à ...Laguiole (avant les 3 heures de bouchons), roquefort Gabriel Coulet, le plus crémeux et couillu dont j'ai oublié le nom, trouvé à la Cavalerie, à l'ombre des Templiers, Bintje à l'eau nappées d'une fondue d'oignons doux des Cévennes du Vigan mêlée de tomme à aligot et de crème de Laguiole avec un soupçon de 4 épices.
Une caissette de Fleur d'Aubrac plus tard et ayant rattrapé mon retard cathodique en regardant Masterchefs, j'attaque un genre de bourguignon à Cambo, qui ressemble furieusement à la daube de ma mère, le zeste d'orange c'est bien Languedocien-Provençal mais je ne suis pas sure que les bourguignons apprécient le coup de la tomate. Pour la technique ça colle, moi je suis plutôt cèpes que champignons de Paris et concentré que tomates mais bon, on va pas chipoter.
Quand au coup du chocolat à petite dose pour velouter à la fin, ça le fait bien aussi.
En plus ça va me permettre d'utiliser cet ovni créé par Valrhona, le Xocopili ou billes de chocolat épicé (à quoi pensais-je quand j'ai acheté un pot de 1kg chez G Detou??? A raison de 10 billes par daube, j'en ai pour 10 ans).
Moi aussi je chinoise la sauce et singe léger, je déteste autant les bourguignons à la flotte que les daubes collées. Alors que je mangeais l'autre jour aux Saintes Marie de la Mer un tendre pavé de toro AOC (qui n'était donc pas tombé sous les banderilles d'un novillado ni s'était cassé la jambe lors d'un abrivado et qui m'évoquait le bison Nord Américain), j'ai vu passer quelques daubes de toro blanches et bleuâtres de vin mal réduit et de trop de farine.
Donc, super mollo sur la farine, mais farine quand même...
Et avec ça, en Provence, on est plutôt macaroni et "râpé", comprendre parmesan pour les riches.

Ah oui, Cambo, donc, et Masterchefs :
j'avais trouvé Topchefs pénible et trouve Masterchef indigeste, pas sur le fond mais sur la forme.
L'emballage musical et le montage sont insupportables et la dramatisation : violons, tagada tsointsoins, larmes, étreintes et interviews genre Loft ou Secret Story, casting de "cas", soigneux mélange United Colors of Benetton me font presque regretter "Un diner presque parfait" avec son florilège de magrets, ses tiramisu, ses danses folkloriques, ses animation Cabaret, ses faux Elvis et ses décors bretonnants pur style scrapbooking fixés sous la table en verre du salon.
Ma réelle curiosité n'a pas tenu le coup devant les 4 heures, les pub Herta, la grand guignolade et les effets de grue (mais ça a couté combien ce truc la???).
Ah, j'oubliais, mention spéciale aux travellings répétitifs sur les hangars de la plaine Saint Denis avec la caméra au ras des détritus.
Pourtant, je trouve les épreuves pas bêtes du tout, la mayo et les oignons en leçon d'humilité pour les sculpteurs d'espuma, les excités de la verrine et les malades de la cuillère, c'est plutôt rafraichissant.
Les jurés sont parfaits en "bad cop" et "good cop", ils me font un peu mal au coeur car pour avoir un peu travaillé dans le cinéma, je sens qu'ils ont mal aux jambes car ils ont passé des heures debout en rang d'oignon (ahah). De plus, chacun d'eux a choisi une posture une bonne fois pour toutes : bras croisés pour Anton, palpage de menton dubitatif pour Camdeborde, jambes écartées bien campées ou mains dans les poches pour...Assurancetourix (ça, ca va le suivre!!).
Quant à Carole Rousseau, elle semble se demander ce qu'elle fait là à moins qu'elle soit proche de l'hypoglycémie ; il faudrait peut-être lui perfuser un peu de jus de daube.
Je m'abstiendrai de commentaires sur l'ignorance et l'arrogance crasse de certains candidats, ils ont manifestement été castés pour ça, d'ailleurs les forums le font très bien. Moi je suis restée bloquée sur "l'Amour est dans le pré", émission d'anthologie : "libérez Freddy, sauvez Lucie, baffez jean Pierre".

Ma daube chuinte gentiment, j'ai fait comme dit Julien dans "Beurk, c'est bon", j'ai fait bouillir et flamber le vin avant de le rajouter, c'est bien plus digeste.
J'ai fait un truc inavouable, j'y ai mis une giclée de ketchup Lidl(craché,juré, c'est les voisins qui l'ont laissé quand je leur ai prêté la maison).
En fait je vis un véritable drame : l'excellent ketchup Mutti n'est pas disponible en France, j'ai fini celui du colis que j'ai reçu de l'attachée de presse.
Promis, la semaine prochaine je vais chercher la recette de ketchup maison de la mère de Céline Dion sur Google et, comme les Montréalais avec les tomates du marché Jean Talon, je vais faire mon ketchup pour l'hiver, je lance le ketchup retrouvé aux tomates anciennes issues de graines dissidentes "Kokopelli-non à la brevetisation du vivant", si ça c'est pas bobo...

1 commentaires:

Sylviane a dit…

coucou Blandine,
Tu me fais rêver avec tes tomates !A part sur les marchés et chez les paysans à Lyon on n'en trouve pas d'aussi bonne !
C'est vrai que dans le gard, on en trouve au bord de la route en vente directement du producteur...Et comme depuis 3 ans on passe pas mal de temps au Grau du Roi, la remontée (ou la descente !) entre Le Grau et Vallon en passant par Ales et Barjac, ou en remontant par la RN86, nous permet de profiter des merveilleux paysages du Gard !
Ah la Tomate ! Mon père gardait ses graines d'une année sur l'autre, comme les melons et les meilleures !
J'ai acheté un livre sur la cuisine du Gard et j'y ai aussi retrouvé des recettes qui ressemblent à celles de ma mère, Vallon frôle le Gard....
La fougasse n'a rien à voir non plus avec celle de Lyon qui ressemble plus à une pizza pliée en deux et plutôt sèche.... Ah la Vrai Fougasse !
Je finirai par Masterschefs que je ne regarde même pas tellement ces émitions me "barbent" ! Je préfère la carte postale gourmande de J. L Petitguillaume !
bises ma belle et si tu es dans le Gard en été, fait nous signe, je serai ravie de te revoir !
Sylviane