Les Turcs ne portent plus le fez ni la moustache en guidon de vélo mais fument encore le narguilé nonchalamment en jouant au jacquet.
Le café turc est un brouet somme toute acceptable, le thé vendu par des porteurs de rue :

Le poisson frais que l'on mange dans les gargotes sous le pont de Galata, entouré de chats croûteux et de chattes prêtes à mettre bas quêtant une arête d'anchois, est plus cher que dans les restaurants classiques où l'on s'assied sur des coussins faits de kilims :

De l'autre côté, entre le pont de Galata et le pont Ataturk, des bateaux d'opérette, fortement agités par la houle, abritent des barbecues géants tenus par d'incongrus cuisiniers en costume folklorique servant des sandwiches de poisson aux touristes :

Dans la vieille ville, les femmes sont enfoulardées de criards fichus en pur synthétique :

Les burqas sont plutôt moins courantes et les rues moins compissées qu'à Barbès.
A l'aune des vendeurs du souk de Marrakech, les vendeurs du Grand Bazar sont des vrais gentlemen. Au Bazar Egyptien, les nougats se déclinent en technicolor et la version quasiment pas sucrée de celui aux pistaches et au jus de grenade réduit tape quand même les 50 euros le kilo :

Ataturk veille en sépia sur tous les commerces, c'est lui qui a remplacé le fez par la casquette à galons :

Et aussi bien sûr dans le Grand Bazar :

On me prend pour une touriste allemande, ce qui me plaît modérément, moi dont le coeur est au sud.
Tous les dithyrambes que j'ai entendus sur Istanbul me paraissent légèrement excessifs, ma tête est farcie d'histoires de caravansérails et de sérails, de myrrhe et d'encens, pas de faux Vuitton et de fausses Converse
De la fenêtre de ma chambre sur le Bosphore, je compte au bas mot 8 mosquées majeures, dont la Grande Sophie et la Grande Bleue, les muezzins le soir me rappellent à ma petite enfance à Marrakech.
J'ai enfin trouvé comment on presse les grenades :

Entre 1 et 2 euros selon la taille du verre, j'ai consommé assez d'antioxydants pour tenir tout l'hiver :

Je vais ressortir le presse-jus à main que j'ai chiné en Nouvelle-Angleterre et qui gaspille les oranges.
Le problème c'est que mes grenadiers du Gard ont subi dix ans de sècheresse consécutive.
Chez nous, en Cévennes, il ne nous viendrait pas à l'idée de manger les fruits de nos mûriers centenaires témoins du passé séricicole de la région, ils se bornent à tâcher de noir les chemins écrasés de soleil et les fonds de culotte des petits qui y grimpent :

Dans les Iles des Princes, à la sortie de l'école, les petites filles en uniforme achètent à des vendeurs ambulants un genre de tartare d'agneau roulé dans des feuilles de salade :

Bien sûr McDo est présent mais le doner règne en maître. Les adolescents se bousculent aussi pour manger la pire monstruosité de street food jamais imaginée, le KUMPIR : une énorme pomme de terre au four, format mutant, plus d'une livre, garnie au choix de tout ce qu'on peut imaginer sortir d'une boîte : petits pois, maïs, cornichons, knackis en rondelles au ketchup, plus beurre et crème...au moins 15 choix engloutis sous la mayo et le ketchup, 2 à 3 euros pour une bombe atomico-diététique :
J'ai du prendre la photo sur internet, mon appareil photo qui pourtant digère les tripes allègrement ayant déclaré forfait devant le monstre...
Sinon, on tape plutôt dans le régime crétois avec les fonds d'artichauts frais tout préparés au marché :

Et aussi les herbes sauvages que je connais (presque) toutes :

Certains montent même des échafaudages d'épinards et de carottes :

Les tripiers tressent les tripes d'agneau comme d'autres des cheveux :

Les sandwiches de tripes d'agneau rôties puis hachées qui se mangent dans la rue s'appellent joliment des kokorec :

Les turbots sont pustuleux :

Je persiste et signe, l'association agneau, aubergine et yaourt me fait toujours autant saliver :

Et je cherche du nez les restaurants qui cuisent leur propre durum, parfois arachnéen :

Pas trop bec sucré, je dois quand même reconnaître l'incroyable fraîcheur des baklavas :

Et je lance un défi : celui qui me dira ce qu'est ce Schmilblik est invité à les manger à la maison (allez-y, j'en ai ramené un collier d'une cinquantaine) :
7 commentaires:
Merci pour ce voyage autant culinaire que dépaysant, même si tu n'as pas retrouvé l'idée que tu t'en faisais...
Photos magnifiques et texte qui donnerait envie de te suivre....
Sylviane
Wonderful. Brought back many memories. One day...
quelle déception en lisant un résumé si peu glorieux sur Istanbul, cette ville est pleine d'authenticité, et le béton est là, certes, mais tout de même pas dans les anciens quartiers. Et c'est absolument faux de dire que le poisson est moins cher au resto que sur le marché de Galata!!! Je précise que j'étais à Istanbul il y a tout juste 15 jours!
L'idée était, avec un peu d'ironie, de confronter les images d'Epinal à la réalité même si le charme opère bien sûr.
Il semblerait donc que je sois tombée sur le seul resto arnaqueur sous le pont : une assiette de mezze pathétique avec une rondelle de poulpe caoutchouc au milieu et des calamars frits (6 rondelles, seulement vu chez les voisins car attendus 1 heure et demie et jamais servis, eux) pour 25 euros négociés à 20...
Eh oui, le plat qui n'est jamais arrivé m'a été factur ; ça, même sur les Champs-Elysées ou au Cachemire on ne me l'avait jamais fait... D'ailleurs je suis sûre que ce resto "authentique" est dans le Guide du Routard, ils ont toujours eu le chic pour recommander ce genre d'endroit, depuis 20 ans je rebrousse chemin quand je vois leur autocollant...
(Je publie anonyme, mon compte blogger ne me reconnait pas)
Blandine
Je ne parlais pas des resto qui sont proprement parler sur le pont, mais des petits "snacks" qui sont entre les étals de poissons sur le marché, c'est très populaire, mais très bon marché, et le poisson est extra frais. Sinon, je suis d'accord pour ne pas aller dans les restos estampillés routards! de toute façon, d'une manière générale, on mange bien partout à Istanbul, pas besoin de l'aide du routard!
Enfin, je voudrais quand même préciser que j'aime aussi Istanbul car il y a très peu de chaines (que ce soit resto ou boutiques) et ça fait du BIEN! Je reste une fan inconditionnelle de cette ville!
des aubergines séchées?
Bravo, Couac Mama, je tiendrai parole.
Apparemment ils les font réhydrater puis ils les farcissent avec un mélange de riz et de viande.
Si Couac Mama habite vers Paris, elle est invitée à faire le cobaye...
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