mercredi 2 décembre 2009

Bintje alors

Si vous lisez un peu la presse gastro, vous ne pouvez pas avoir échappé à la « pipolisation »( néologisme répertorié) des artisans du produit, jadis illustres inconnus.
Le panais n’est décent que de Thiébault, le fromage de Machin, le veau de Desnoyers, le poivre de Vives et le beurre de Bordier…
Mais passé le cénacle gastroparigot (Alligre, le Marché Président Wilson, la Grande épicerie, Lafayette Gourmet et ses voisins nippons Issé ou Kioko -jamais sans mon combawa), dépasser le périf relève du Koh-Lanta.
Pourtant, au marché de Poissy, au bout du RER A-quelle aventure-un stand n’a rien à envier à Joël Thiébault. Trois fois par semaine, fruits et légumes y sont retrouvés par un achalandage toujours croissant de femmes de 7 à 77 ans. Il faut dire que les producteurs-vendeurs associent une plastique alléchante à des yeux de velours (bleu) et des mains fortes et calleuses.








Les femmes frétillent (elles ont lu Lady Chatterley) à la perspective d’une crème de panais ou de persil tubéreux...



...d’une salade de bébés fenouil craquants, de tomates multicolores et tardives à des prix largement moins stratosphériques qu'à Paris intra-muros.


En matière de pomme de terre, on trouve partout de la Charlotte, de la grenaille de Ré, de la Ratte et de la snob Vitellote sans problème, plus quelques nouveautés éphémères (celles dont je reçois les dossiers de presse qui ne nous disent jamais vraiment laquelle est adaptée à la purée, à la sauteuse, à la vapeur...) mais jamais de la bonne vieille Bintje versatile.
Alors, entre nostalgiques de la vraie purée et des frites superbes, on se repasse sous le manteau les adresses où en trouver, comme au temps de l'occupation...
On fraye même avec les voisins Chtis : après le traffic d'ail d'Arleux, le traffic de de patates : "Dis, quand tu montes à Fourmies à Noël, tu me ramènes un sac, tu prends bien la Kangoo?"

Au marché de la Chapelle, l'ambiance aurait changé : j'ai entendu ce matin que suite aux récentes écheauffourées Egypto-Algériennes de la coupe du monde, les vendeurs de fruits et légumes égyptiens, soupçonnés d'être les cousins des caillasseurs de joueurs algériens, sont montrés du doigt.
La qualité s'est améliorée, même s'il reste encore quelques vendeurs de légumes pourris, ceux qui mettent la marchandise fraîche en avant et vous vendent la vieille qui est cachée derrière. Alors je me sers chez ceux qui me laissent choisir les clémentines avec les feuilles, pour faire beau sur ma cheminé puis pour brûler sur le poêle.
On trouve aussi du très beau poisson à prix abordable, de la sardine au filet d'albacore.
Et soudain, je n'en crois pas mes yeux, de la Bintje, en quantité, 50 centimes le kilo et 3,5 euros les dix kilos...C'est mon père qui serait content, dans le sud, elles sont très difficiles à trouver, d'ici que le sac de patates dans le TGV devienne le dernier "It bag",il n'y a qu'un pas...



Ce soir ce sera donc aligot, pour la saucisse c'est plus compliqué...
Faute d'avoir mangé la dernière saucisse aux herbes congelée ramenée à Toussaint, je craque pour une perdrix de Sologne, je vais la barder de Colonnata et la cuire en cocotte, le gibier c'est si vite sec...

Mes frites secrètes :
Eplucher les Bintje seulement si elles sont vieilles, sinon les laver et les couper avec la peau. Les cuire dix minutes à l'eau bouillante salée, bien les éponger sur un torchon puis les finir de les faire cuire dans la graisse de canard.
Manger avec de la mayo maison mélangée à de la moutarde à parts égales

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Blandine j'veux manger des patates avec touâ, je t'apporterai le meilleur raclette valaisan dispo sur les tablettes avec une bonne dose de crème de la Gruyère et des meringues au vin cuit
When?...Call ya soon gros smak Narius

So Coût de Fourchette a dit…

Les vendeurs clament que les clients ne veulent plus de patates avec de la terre et les connaisseurs répondent haut et fort qu'ils veulent de la bintje avec ou sans terre ;)

Dom a dit…

Certainement une des meilleures patates que je connaisse ! J'ai eu la surprise d'en trouver sur un marché de la banlieue Lyonnaise, vendue par un petit producteur, d'un village du Rhône qui s'apelle Saint Martin d'en haut... Et oui, sur les hauteurs et à la campagne on n'oublie pas les saveurs d'autrefois, surtout quand on reprend la ferme de son père... ce que moi je n'ai pas fait....


Sylviane