
Ce matin, sous cette pluie qui glace les os, alors que je me demandais ce qui avait bien pu me pousser à sortir de mon lit, je suis tombée en arrêt devant une palette, oui, une palette de turron de toutes sortes, fraîchement débarquée d'Espagne et au film à peine arraché, sur le trottoir devant une épicerie turque.Il y avait là toute la gamme :
turron classique, comme notre nougat de Montélimar mais plus riche en amandes ventrues et joliment pressé entre ses deux grosses rondelles d'hostie immaculée
turron au chocolat
turron de Jijona (là ça devient intéressant, promis, juré, je vous retrouve ma recette de turron glacé aux abricots secs d'ici Noël)
et un turron que j'avais goûté en Espagne, le truc à vous plonger dans un coma diabétique en un clin d'oeil,
le "turron yema tostada", sucre, poudre d'amandes et jaune d'oeuf caramélisé en surface, un hybride mortel entre le marzipan et la crème catalane.
Et là j'ai pris une claque Pavlovienne, ça a le goût des jaunes d'oeufs blanchis avec du sucre, première étape du classique gâteau de Savoie simplissime qui a bercé mon enfance.
Et juste derrière le goût du jaune au sucre arrive le goût de métal des fouets du Sunbeam Mixmaster que l'on lèche.
Acheté dans les années 50, à Casa ou Meknès, il a du rendre l'âme plus de 30 ans plus tard, 30 ans de cakes, savarins, marquises au chocolat...je doute que mon KitchenAid en fasse le tiers...
Les bols étaient opalescents et le presse-orange a pressé des tonnes d'oranges marocaines.
C'est avec lui que j'ai commencé, à 6 ans, je crois que les vitesses avaient des inscriptions en anglais.
J'ignorais tout de l'anglais et ce que Sunbeam veut dire mais j'étais impatiente, déjà.
Je tournais le bouton à fond, ma mère, me répétait : "doucement!" en essuyant stoïquement les murs de la cuisine éclaboussés de jaunes d'oeuf au sucre...