mardi 23 septembre 2008

Petite madeleine de saison

On a tous nos petites madeleines.
Une des miennes est la pêche de vigne. Dans les années 60 et 70, nous produisions des pêches que mon père vendait sur le marché de gros d’Alès. Levée courageusement un jour à 4 heures du matin, je me souviens de m'y être endormie sur une brouette.
Mais, comme un boucher se garde pour lui l’araignée et la poire, nos préférées étaient ces pêches extraordinaires, au velours gris-pourpre, ni très grosses ni très belles mais au jus et parfum “vineux” issues de vieux pêchers plantés ça et là au milieu de la vigne.
Naïvement, je cherche encore le velouté de la peau qui agace les lèvres et le jus tiède qui coule sur le menton un soir de fin d’été, alors que les feuilles de la vigne changent de couleur et annoncent la rentrée des classes.

J’achète encore parfois des pêches blanches, généralement décue de les voir pourrir avant de mûrir.
Mais chaque année, en septembre je traque à Paris les pêches de vigne pour quelques sorbets mémorables.
Cette année, elles sont quasi introuvables, ayant laissé la place à une nouvelle chimère ridicule, la Nectavigne. Sous couvert de modernité, il faut bien couvrir les frais de création et de marketing, on peut vendre des fruits plus gros et bizarrement bosselés à 4 euros le kg.

Je ne résiste pas à citer l’argument du site :
“Nectavigne® est une nectarine à chair sanguine, nouvelle venue sur les marchés. C’est un produit très original issu du mariage de la plus traditionnelle des pêches, la pêche de vigne, originaire des coteaux du Lyonnais et faite de rusticité dans l’aspect et la saveur, avec la nectarine. Ainsi Nectavigne® associe la rusticité de la première à la modernité de la seconde”

Sorbet de pêche de vigne:

Bien laver les pêches et les dénoyauter, mixer la chair avec la peau (la couleur sera renforcée) avec environ 100g de sucre et 10cl d’ eau ainsi qu’1 jus de citron pour 1 kg de pêches.
Passer au chinois.
Faire prendre en sorbetière sinon congeler 3 heures puis repasser au robot 1 heure avant de servir.

Très simple mais très chic :
Faire une infusion de menthe et/ou de mélisse.
La sucrer légèrement au miel et la mettre au réfrigérateur.
Servir l’infusion dans des assiettes creuses avec le sorbet et une poignée des derniers fruits rouges : framboises, mûres, Mara des Bois

Sinon, encore plus simple, remplacer l'infusion par du jus de Muscat de Hambourg fraîchement pressé...

Servir avec des petits financiers ou ...des petites madeleines maison...

jeudi 18 septembre 2008

Pom Pom Pom Pom

En cette date quasi anniversaire du 911, c’est au tour des banques de s’écrouler, comme des tours construites sur l’orgueil, la spéculation et la cupidité…
Spéculer et consommer jusqu’à l’ivresse, surtout faire consommer sans fin, créer encore et encore de nouveaux produits qui confinent au grotesque…

Petit florilège :
Vu aujourd’hui au supermarché :
Des petites doses de sel similaires aux petites doses de sucre en poudre qu’on met dans le café (et dont on jette régulièrement la moitié) : “Pratique, une dose pour un litre d’eau”, prix au kilo 24,90€, gros sel en vrac : 19c le kilo soit un rapport de 1 à 120…
Maintenant on va devoir mesurer l’eau, vous mesurez l’eau des pâtes, vous?
Au rayon fruits, les pommes ripolinées, parfaitement calibrées ont parcouru 300 à 700 kilomètres, elles valent 2 à 3 euros le kg.
Je vous incite à prendre 5 minutes pour un petit peu de lecture, ma copine MOB a raconté ça bien mieux que moi cette semaine dans l’Express :
http://www.lexpress.fr/styles/psycho/connaissez-vous-les-locavores_563018.html

Autour du supermarché, sur les collines de Chambourcy, des vergers partout abandonnés, les pommes jonchent le sol. Je les glane à chaque automne et n’y ai jamais croisé personne.
Exemptes des dizaines de traitements pesticides habituels, elles vont directement dans la centrifugeuse avec la peau et une poignée de mûres pour faire bonne mesure car les ronces envahissent les pommiers.
J’ai même un petit coin secret de cognassiers abandonnés, je laisse les coings embaumer la maison plusieurs semaines avant de les cuire.


Et là, je cède la place à une poétesse, achetez, louez, empruntez :
“Les glaneurs et la glaneuse” d’Agnès Varda, elle aussi a dit cela beaucoup mieux que moi…
Sans oublier "We feed the world"
http://www.we-feed-the-world.fr/ mais là c'est beaucoup moins poétique...