lundi 16 juin 2008

Harley, œufs au plat, tilleul et pélardon



Dimanche, dix heures du matin, tour Béchamel à Salindres, Gard.
Les bikers, à peine réveillés de la soirée country de la veille convergent tranquillement vers les guinguettes en s’étirant. D’autres arrivent, pétaradant à peine.
Je suis là, accoudée devant un café tiède et saumâtre et écoute les conversations. Mon frère m’a chargée de venir voir pour lui si un de ses copains motards ne serait point dans les parages, personne ne l’a vu.


Ici pas de casque à pointe ni de dégaine à la ZZTOP, il y a bien quelques bandanas noués sur des crânes rasés, des tatouages et des blousons
« avec un aigle dans dans le dos » mais l’accent d'Oc donne un je ne sais quoi d’attendrissant à toute cette testostérone.
Un Hell’s attentionné me fait passer la baguette et l’assiette de pâté qui tournent, « courtoisie de la maison ».
Le café est immonde mais a pour moi un goût de petite madeleine. Il vient d’un de ces énormes cafetières, semblables à celles que je louais à la demande de mes clients dans mon autre vie, celle de traiteur. Aller la remplir dans les lavabos lointains, trouver la prise et éviter de faire disjoncter. Boire ce truc tiède par litres, finir à la fin de la soirée par jeter le fond trouble et le marc qui soulève le cœur, caser en dernier la machine dans le camion, fermer les portes, rentrer, décharger, dormir…enfin.
Et me voilà partie avec mon voisin de comptoir dans une conversation animée sur le café et la fameuse migraine du dimanche due au sevrage de caféïne puis la malbouffe, le « acheter local et non transformé », les OGM et le lobby semencier….
Alors que la parade des motards s’ébranle, je quitte à regret mon interlocuteur, non sans avoir taté d’un doigt connaisseur le magnifique cuir clouté des sacoches de la Harley…

Il ne me reste que quelques heures pour faire le tour des spécialités cévenoles. Direction la boulangerie pour les fougasses aux grotillons : la boutique est toute petite, on y vend aussi des cèpes en bois de tailles diverses sculptés par un gars du coin et aussi des « capitelles » miniatures, reproduction de ces abris de bergers en pierres sèches qu’on trouve dans la garrigue, faites de petits galets collés sur un morceau de schiste.
Je prends deux billets de tombola pour essayer de gagner le gros cèpe, je le verrais bien écailler son vernis bâteau dans mon petit bois de chênes.
De retour au bistrot pour un vrai café, je suis saisie par l’odeur unique des œufs frits à l’huile d’olive arrosés de vinaigre comme on les mange ici et me retrouve projetée 40 ans en arrière.
Je m’extasie sur l’orangé des œufs, taille une autre bavette, ( je sais je suis bavarde) et me fais offrir 4 œufs de poules amoureusement nourries de « maïs concassé à la main, tamisé au tamis de maçon puis mêlé à du pain trempé et du blé ».



En quittant la maison, je saisis au vol un sac de thym amoureusement cueilli par ma mère et un baluchon de tilleul fraîchement effeuillé par mon père.



Sur la route du TGV, escale à la ferme de Fontcouverte, vers Barjac :
pintade et poulet musclés par des hectares de parcours, caillé du jour soyeux, pélardons à différents degrés d’affinage.


Coup de fil : « Allo, viens me chercher Gare de Lyon, j’ai les mains sciées »

7 commentaires:

devine qui c' est a dit…

Salindres a toujours été célèbre pour sa tour BECAMEL....à ne pas mettre à toutes les sauces!
Alors, le jeu de mots d' entrée était-il volontaire?
(Ou bien pour une parisienne en voyage, dix heures du mat c' est bien trop tôt pour avoir les yeux dessillés)

Pourquoi, en revenant de la casse de l' oncle Tom avec un glaive dans le dos, un Hell's attentionné ne t' aurais-t-il pas fait passer par la braguette son gros cep en bois avec la fougasse aux gros quignons, avant de casser la machine dans le fond du camion et de tailler une bravette avec des mains striées à la gare de Lyon ????

Blandine Boyer a dit…

J'ai bien reconnu un ton familier, certes mâtiné d'Almanach Vermot mais ciselé par la lecture intensive de Dard(Frédéric) et celle de Desproges.

Quant à la tour Bécamel, érigée par les Templiers, qu'elle me pardonne d'avoir cédé à un moyen mnémotechnique aussi facile...

Anonyme a dit…

Miam, la fougasse aux grotillons, vais essayer de passer à Alès car je crois que c'est là que se trouve la mine...
Merci pour ces deux posts.
Arnaud

Blandine Boyer a dit…

Pour la fougasse, une seule adresse, rue Mandajors, la boulangerie qui affiche "Banette" et qui fait un coin de rue.
Attention, chaude, elle tombe sur l'estomac mais c'est tellement bon !
Sinon, dans la même rue, le meilleur pain d'Alès, la boulangerie porte deux prénoms : un gars, une fille, genre "Nathalie et Jérôme"

Anonyme a dit…

Merci Blandine,
Noté précieusement dans mon agenda. Augmentera nettement le risque de prendre un coup de harpon sur la plage... Penserons avoir trouvé un éléphant de mer échoué, mais me consolerai en pensant que j'ai goûté la fougasse aux grotillons ;-)
Bon week-end
Arnaud

Blandine Boyer a dit…

Précision, les oeuvres d'art premier, elles, étaient vendues à la boulangerie des Mages dont la fougasse vient pour moi derrière celle d'Alès.
Mais inutile d'y aller, le boulanger en fait une dizaine à la fois, et les brioches par 6.
Après 10 heures il ne reste plus rien parce que, (comme on me répond régulièrement à la boulangerie d'Andrésy, celle qui fait la meilleur Tradition de mon petit coin des Yvelines) :
"Si on en faisait plus, il en resterait"
SIC !

Anonyme a dit…

Est-ce que cette expérience te fait toucher du doigt le concept de "good vibrations" propre aux harleyistes?