lundi 29 octobre 2007

Vous avez dit esthète ?

La première fois que je suis entrée dans un supermarché à Tokyo, j’ai cru être tombée sur l’équivalent du Lafayette Gourmet. Au bout du 4ième, j’ai compris que c’était la norme.
Généralement cachés dans le sous-sol des centres commerciaux où les stations de métro se connectent, ils s’appellent « Food world », « Food show ». Il suffit de trouver l’escalator entouré de dessins de fruits, légumes et de poisson.

Derrière de multiples stands et kiosques, des jeunes femmes toutes en uniformes et courbettes nous invitent (sans aucune pression d’achat) à tester légumes marinés, poissons séchés, gyozas (raviolis vapeur et rôtis à base de choux, de poireau, de ciboulette), thon cru…
Une multitude de plats à emporter sont artistiquement préparés devant nous, les bentos (boîtes-repas) ont des airs de bijoux.
Des dizaines de comptoirs proposent crackers à base de légumes, de crevette ou de poulpe, douceurs multicolores en pâte de haricots rouges, pâtes gélatineuses étranges. Quel que soit son prix, votre achat est emballé avec soin de savants pliages de papier colorés, de bandeaux contrastés, stickers et sacs cadeaux. Le tout vous est tendu dans une effusion de remerciements.
Ce gaspillage apparent est associé d'autre part à un recyclage très poussé. Partout dans la ville, les multiples poubelles dissocient la paille du gobelet, le papier souillé de l'organique, etc...ce qui plonge l'étranger dans des abîmes de perplexité.

Quand les Japonais s'approprient la patisserie européenne, c'est avec le même soin maniaque.
Quotidiennes les brioches feuilletées au cul légèrement caramélisé, banal, le tiramisu en pot de verre, le flan de mangue en bol recyclable. En vedette, le thé vert en génoise légère, en saison,le marron avec ses variations sur le Mont-Blanc. Je collecte quelques pots de yaourt en verre épais et renonce à regret à garder les beaux emballages.
Pour les marrons grillés, des kiosques fleurissent dans le métro, avec signalétique, prospectus en papier glacé, charmant emballage pyramidal à balancer au bout des doigts, hotesses en costume coordonné.

Le chou à la crème possède lui ses propres magasins où il est fourré à la demande de crème patissière nature, au thé vert ou à la citrouille (hélas on n’échappe pas à l’imagerie Halloween qui a fait un heureux flop chez nous).
Mais ce qui est stupéfiant c’est le rayon poissonnerie :
le poisson y est préparé avec un soin maniaque, et que dire de la fraîcheur !
Du toro 1 er choix (ventrèche de thon) aux multiples coupes de thon en passant par les arêtes pour la soupe, les joues de poisson rouge, les poissons mis à plat et marinés pour le barbecue, les œufs et la laitance sans oublier toutes les versions salées et séchées, rien n’est perdu. Devant les sushis, makis et sashimis, on se met à rêver à un pique-nique géant et on enrage de ne pouvoir manger dix fois par jour.
Une boîte de 12 sushis ou de sashimis haut de gamme incluant uni (anguille), ebi (crevette crue), oursin(uni), feuille de shiso et fleurs peine à atteindre les 6 euros. A partir de 19 heures, ils sont même soldés.

Même soin pour le poulet : haché, émincé, mariné, petits foies sélectionnés et même peau pour les yakitoris et bréchets pour les fous de croquant.

Mais la star c'est le boeuf de Kobé. Souvent émincé fin comme du papier à cigarette, il dynamite notre notion française du persillé et atteint 120 euros le kg (quand même !).

Quant aux kakis ripolinés, raisins à grains géants et à pedigree, melons sur coussin de velours, ils prennent des allures d'extra-terrestres. Ils ont quitté le monde du végétal pour entrer dans celui du symbole, du cadeau.

1 commentaires:

grainderiz a dit…

Et moi, chaque fois je met le pied dans ces incroyables "food halls", j'ai eu la même frustration que toi à propos de nombre de l'estomac qu'on peut avoir et aussi je me posais la question "mais qu'est ce qu'ils font avec toute la nourriture qui ne sera pas vendue à la fin de journée??", car il y en a bien beaucoup trop...!!