Où l'on apprend que les tarifs Ryanair profitent aux restaurateurs, au gouvernement suédois (25% de taxes et l'alcool monopole d'état, on ne finance pas dix-huit mois de congés maternité par miracle) et aux vignerons français…
De retour d’ « Un long weekend à Stockholm », c'est là que la petite collection de Hachette vient à point nommé, on mesure l’effet pervers des tarifs cassés de RyanAir…d’ailleurs quelqu’un peut-il me dire comment on peut amortir des avions, payer du kérozène, des pilotes et des droits d’aéroport avec des billets à 0 € ? RyanAir est forcément subventionné par les gouvernements et les offices du tourisme… ?
En effet, quand on vient de payer un aller-retour Beauvais Stockholm 49 euros (29 + 10 de frais de réservation + 10 pour paiement par Visa, ah, ah…), on n’hésite pas à s’offrir un bon restaurant dans une des capitales les plus chères d’Europe, peut-être un poil moins que Londres, quoique…
Hésitation entre les tables renommées de la capitale : lors d’un voyage précédent, j’avais tâté du Pontus On the Sea et autres brasseries, dont j’avais gardé un souvenir ému de cuisine néo-scandinave servie dans des superbes salles de bois et de chrome, et où, du luminaire au fauteuil et à la vaisselle tout est superbement pensé et choisi…
Il suffit de regarder autour de soi et de retourner les assiettes et les tasses siglées pour réviser d’un coup tout Sentou, Etat de Siège et la section Now Design à vivre de Maison et Objet.
En suivant de la main la courbe de bouleau plié-lamellé-collé ou la coque de son siège, on joue à reconnaître les icônes : Aalto, Sarinen, Eames…chauvins mais pas trop, les scandinaves s’offrent même des fauteuils Le Corbusier dans leurs coffee-shops.
On grignote des galettes arachnéennes de grains zoubliés et de graines aux notes de réglisse en attendant une cuisine affranchie de la fusion et à nouveau ancrée sur ses racines terre-mer-forêts.
Notre choix du soir, le restaurant le Mistral (une étoile), a déménagé en banlieue, ce qui nous permet une petite mise en jambes de 700m au delà du métro dans une rue sombre (il fait nuit noire depuis 3 heures de l’après-midi ). Elle est uniquement éclairée par la petite lampe traditionnelle derrière les fenêtres du rez de chaussée de petites maisons en bois peint sans volets ni rideaux.
Le restaurant est installé dans une de ces maisons. Le cadre est carrément monacal, les tables très espacées, tout est blanc ou écru. Les tuniques de lin brut des serveuses sont juste assez modernes pour éviter une image de Carl Larsson, la table où elles coupent le pain éclairée à la bougie évoque une composition de Chardin.
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Tout le monde est affable mais dès le vin ça se gâte :
Le Château de Fonsalette Rouge 2001 (100€ euros quand même ! la première bouteille est à 60€), nous est montré puis ouvert quelque part hors de notre vue, le patron propose de le carafer, ce qu’il fait avant de nous servir puis de mettre prestement la carafe au frigo derrière le bar, ce que nous voyons du coin de l’œil. Nous lui demandons de le laisser à température ambiante.
Carottes crues et cuites et langoustine crue,
safran, café, reine des prés.jpg)
Tout est dit : quelques rondelles de carotte cachent une langoustine coupée en trois, une autre est enroulée autour d’une micro purée de carottes. Une huile est disposée à la pipette, le safran y est homéopathique, le café virtuel à moins que ce soit la poudre sur le fond de l'assiette. Je n’ai jamais retrouvé la trace de la Reine des Prés dont j‘ai encore l’odeur entêtante et suave dans le nez, associée aux abeilles, pour l’avoir sentie et piétinée toute mon enfance et aussi bue en tisane.
IN-TER-LO-QUES nous fûmes
Pommes de terre séchées avec lavande et beurre brun,
œuf crémeux et oeufs de poisson au yaourt.jpg)
Quatre quartiers de pomme de terre presque crue et dorée à l’extérieur, posés sur une microlichette d’œufs de poisson au yaourt, beurrées aux particules brunes, jaune d’œuf mollet froid, pas senti la lavande…
IN-TER-LO-QUES nous re-fûmes
Légumes racines aux parfums de mer aux algues et genièvre,
jus de pomme, oignon cru et huitre à boire.jpg)
Un peu mieux avec celui-là, quoique :
Méli-mélo de morceaux de légumes oubliés, crus, pochés, poêlés, la betterave dans tous ses états, quelques chips de pomme … un très bon cube de pomme de terre, ça fait un peu mince…
De la mâche (la salade), oui, des algues, où ça ? Le bouillon froid à boire à côté, 100% huitre dans le nez, 100% céleri-boule dans la bouche ne fédère rien de tout çà. Mais c’est mon fils qui porte l’estocade : « ça vaut pas le gargouillou ». Saint Michel priez pour nous !
Homard suédois soigneusement rôti, betteraves crues et cuites, cacao, hibiscus et baies séchées, dans un beurre brun aux crustacés.jpg)
Là, je ne suis plus objective, la betterave crue, à la rigueur mais là, crue et cuite pour le deuxième plat consécutif, ça lasse…
La queue du bébé-homard est poêlée, les pinces cuites à l’eau ou à la vapeur puis décortiquées. Poudre de cacao-hibiscus, poudre de je ne sais plus ce qu’elle a dit (différent de l’intitulé) et poudre de corail de St Jacques font encore de la figuration homéopathique , on se prend à penser qu’elles auraient pu s’exprimer en surface du homard, à peine tiédies en fin de cuisson. Quant aux petites baies dures, airelles? non réhydratées sous le homard, à quoi bon quand l’acidité est déjà apportée par l’oxalys, ? Bien trop de monde dans cette assiette où chacun danse seul dans son coin.
Pourtant,j'aurais voulu aimer la poudre de corail comme un pollen de la mer mais qu'on nous joue moins de la mandoline...
Chevreuil au lard fondant, chou poché et croustillant, pain vert et courge.jpg)
Filet excellent servi rosé sous un lambeau de chou blanc bouilli et une feuille de calvo nero frite au gras d’agneau, ça fonctionne. Vu un cube de courge mais pas de pain, ni vert ni blanc. Entouré d’une fine couche de Colonnata translucide, un autre morceau, cuit lui, qui dit mieux ? (roulement de tambour…) deux jours !!! A quelle température, SVP, on aimerait savoir parce que ça pourrait bien être un bouillon de culture. Nous avons tous trois été malades le lendemain mais nous avons bien sûr blâmé le Thaï du midi ; si c’est pas du délit de sale gueule, ça !
Courgette crémeuse et sorbet aux amandes,
huile d’olive et fleur de sel.jpg)
Aujourd’hui, le potiron a remplacé la courgette en version soupe froide, en fait un genre de crème anglaise légèrement potironnée et une crème glacée aux amandes complexe. Mais le tout est à peine, à peine sucré. Le chef ne cède rien, il persiste et signe à la fleur de sel.
Tomates cerise en conserve à l’hibiscus,
jus au cassis, glace au lait et au miel cru.jpg)
Un autre dessert qui fait un peu double emploi (il faut amortir le Pacojet ?), encore sucré du bout des lèvres…
Avec le café-filtre tiède complètement fade (mais au pedigree ronflant), une cuillerée de mousse chocolat émulsionnée à l’eau avec encore de l’huile d’olive servi avec la même mousse en version déshydratée en copeaux cachant des petits palets fins de chocolat praliné quasi sans sucre.
Pour ternir le tout, on a modérément apprécié la vente forcée de la deuxième bouteille d’eau gazeuse dix minutes après notre arrivée : les verres remplis à ras bord dès qu’on les entame comme dans le meilleur diner américain et la bouteille débouchée qui arrive sur la table immédiatement. Au moment du dessert, rebelote, remplissage de verres à ras bord, nous déclinons la 3ième bouteille et on nous l’impose en nous disant qu’elle est offerte. Au moment de l’addition, les trois sont dument facturées…
Au bout du compte beaucoup de technicité mais avec un tiers de bof, un tiers de décousu et un tiers d’acceptable, pour moi c'est un Mistral perdant au pays des étoiles…